samedi 13 janvier 2018

Brève histoire des empires de Gabriel Martinez Gros : Souvenirs de lecture.

Ayant prêté ce livre, je vous demande de pardonner par avance les erreurs que ma mémoire pourrait effectuer.

L’auteur analyse d’abord la pensée d’Ibn Khaldoun : selon celle-ci, l’Empire c’est la paix, pour paraphraser Napoléon 3. En effet, la question n’est pas celle de la répartition de la plus-value produite par les travailleurs mais celle de comment se légitime cette répartition. La réponse est simple : par le biais de la force armée. L’empire s’appuie sur une administration qui fonctionne grâce à des impôts, impôts qu’il faut prélever. Or comment lever l’impôt : simple : l’empire doit avoir le monopole de la violence légitime et pour cela doit désarmer sa population (qui consentira du coup car mieux vaut cela qu’une guerre contre lequel ils n’ont pas les moyens de se défendre). Or Ibn Khaldoun ne partait pas d’une réflexion philosophique mais d’un empilement de données historiques sur l’histoire de l’Afrique du Nord de son temps. La question que se pose ce livre est de savoir si une telle expérience peut être généralisée ou non.

Tout d’abord, cette théorie explique pourquoi un empire s’agrandit très vite avant de se stabiliser (une fois que son asabiya première s’est épuisée) et de s’effondrer (quand il n’a plus d’asabiya). Le terme arabe d'"asabiyya" correspond en français à ce que l'on pourrait considérer comme étant le lien unissant tous les membres d'une même communauté humaine et qui est très forte dans des groupes « tribaux ». Les empires ont désarmé leur population et donc leur asabiya initiale et ont besoin de recruter une nouvelle asabiya. Où le font –ils ? Chez les populations non soumises à leur loi et donc désarmées. On peut en voir un exemple avec l’empire Perse qui a son asabiya s’essoufflant face aux Grecs -qui sont des citoyens soldats alors que l’armée perse s’est professionnalisée-. Du coup, il recrute des mercenaires dans l’asabiya grecque ; les mercenaires grecs sont sans cesse plus utilisés par les armées perses, penser à l’Anabase. Enfin, un chef de guerre  , Alexandre roi d’un royaume extérieur à la Grèce unifie les cités grecques et conquiert l’empire achéménide l’asabiya perse étant grecque, cela explique la rapidité de la conquête. A noter que les termes « tribaux «  et empire font référence à la taille, à la spécialisation de la fonction militaire et à l’existence d’un impot prélevé sans consentement. De ce point de vue, la Grèce antique est « tribale » face à l’empire perse ce qui ne remet nullement en cause l’éclat de sa civilisation notamment sur le plan intellectuel. De même, ce sont les zones les moins liées à la logique de l’empire (Rome et Carthage) qui gardent des asabiya et si Rome met longtemps à conquérir Carthage, la conquête des royaumes héllénistiques est aisée. Rome se fractionne entre un empire byzantin maintenant la tradition impériale et un empire romain d’occident qui se fractionne entre royaumes aux mains des chefs barbares employés avant comme soldats par Rome. En Chine, avec les Tang (618-907), apparaît un premier empire véritablement unifié constitué par des conquérants qui, partis du Nord pauvre et tribal, prennent le Sud à la riche agriculture, le pouvoir abandonnant la steppe aux Turcs islamisés et s’appuyant sur le bouddhisme autochtone une fois qu’il est coupée de son asabiya turque par la bataille du Talas. Au Moyen-Orient, des bédouins arabes, lançant le jihâd, s’emparent en vingt ans (634-655) de l’Arabie, l’Irak, la Syrie, la Palestine, l’Égypte, et établissent un premier État déclaré califat, profitant de l’affaiblissement de Byzance lié à la surfiscalité que celle-ci a imposée ; ils ne sont que 2 à 3 % des populations qu’ils dominent. Après avoir été de l’Espagne, l’Afrique du Nord, l’Iran, l’Afghanistan et le Pendjab, leur suprématie se restreint et se fractionne en trois États, Abbassides à Bagdad, Omeyyades à Cordoue, Fatimides en Égypte, tandis que surgit la force nouvelle des nomades turcs Ghaznévides, puis Seldjoukides (1040).A chaque fois une asabiya peu nombreuse numériquement conquiert un Empire peuplé , l’asabiya s’érode et une nouvelle asabiya est recrutée. L’empire s’effondre quand il perd une partie de sa population et donc de sa capacité à rémunérer son asabiya comme pour la zone iranienne et irakienne après le 13 ème siècle. Soit le modèle impérial s’effondre (si il était trop fragile ou la population peu assez nombreuse), soit l’asabiya se paie directement en s’emparant de la fonction impériale. Enfin, la fonction impériale perdure car les populations « tribales » qui s’emparent de l’Empire adoptent ses us et coutumes (« La Grèce conquise conquit ses féroces vainqueurs ». Cela se voit dans la conquête mongole où en peu de temps les mongols ont adopté la culture et la religion dominante des régions qu’ils ont conquise.

Enfin, un tel modèle explicatif permet de voir sous une lumière différente des évènements historiques. Par exemple, l’affrontement entre croisés et reconquista d’un côté et almoravides puis almohades et turcs puis mamelouks d’autre part peut aussi être lu comme un affrontement entre asabya franques, berbères et turques pour le contrôle de masses sédentaires du croissant fertile, de l’empire byzantin et d’al andalus (même si l’Espagne se prête plus difficilement à ce modèle). De même, l’histoire de la conquête musulmane de l’Inde est celle de poussées successives faites par des asabiyas venant de l’Ouest : Hindou Kouch passe appelée ainsi car les esclaves hindous y mourraient en grand nombre lors de leur déportation vers les marchés d’esclaves plus à l’Ouest). Quand, il n’y a plus d’asabiyas venant de l’Ouest, des asabiyas autochtones se créent en marge de l’empire moghol avec les sikhs et les marathes hindous. Enfin, l’histoire de la Chine est en grande partie, celles de peuples turco mongols (ou autres dans le cas des Mandchous) conquérant dynasties se sinisant et renversées par de nouveaux peuples qui à leur tour se sinisent. Enfin, le processus d’acculturation des asabiyas peut être ralenti si l’empire crée une asabiya radicalement à part lui qui lui est entièrement dévouée et a les avantages des peuples « tribaux » , l’efficacité militaire;  sans les inconvénients (le refus de reconnaitre le pouvoir du souverain). C’est le cas dans les empires musulmans d’esclaves soldats à partir du 13 ème siècle tels que l’empire ottoman et les mameluks qui recrutent des esclaves mameluks ou des enfants des sujets chrétiens de l’empire ottoman. Ceux-ci sont ensuite mis à part du groupe dont ils viennent par la conversion mais sont marqués par leur origine pour le groupe dominant. Ils dépendent donc totalement du pouvoir central et sont de plus entraînés pour être des guerriers y compris contre des rébellions de l’asabiya turcomane initiale pour l’empire ottoman.

 il y a quelques questions à poser : pourquoi ce schéma qui a concerné entre un tiers et la moitié de l’humanité nous apparaît-il si étrange ? Car l’Europe a été un espace impériale faisant partie de l’empire romain. Cependant, après la chute de l’empire romain une curieuse dualité s’est instaurée. L’Europe occidentale s’est perçue et a été perçue comme un Empire par le reste du monde avec tous les traits caractéristiques; l’ethnocentrisme aussi très présent chez d’autres empires, il n’est qu’à penser aux textes de ibn battuta ou à la vision que la Chine impériale avait du reste du monde ou la conscience d’être une unité unifiée . Cette unité se voit même avec des phénomènes évoquant les asabiyas comme les normands ex vikings surreprésentés dans les croisades ou les hongrois envahisseurs des steppes devenant le « bouclier oriental » de l’Europe occidentale contre les mongols puis les turcs).  Mais cette unité a été dans le domaine religieux (par l’autorité de la papauté) et au niveau politique on a assisté à un émiettement du pouvoir. Les tentatives d’empires du point de vue séculier ont échoué des Hosthaufen à Charles Quint et la tentative de la papauté de créer un pouvoir séculier a été brisée par Philippe Le Bel. Le pouvoir comme dit Max Waber a été petit à petit rassemblé par les rois. La Réforme a brisé l’unité religieuse et la fin de la féodalité a renforcé les structures étatiques nationales. In fine, cela a débouché après l’échec de la tentative impériale napoléonienne sur des états nations radicalement différents des empires. Ils reposent sur des armées de citoyens soldats, sur le consentement à l’impôt et donc sur une démocratie plus ou moins forte et sont guerriers. La démocratie découle de cela car le fusil égalise alors que l’épée donne une prime à l’entrainement Cela a été renforcé par la Révolution industrielle qui a permis d’être producteur et soldat. Le point culminant de cela, non en Europe, est la victoire d’une armée de soldats paysans dans la révolution maoïste en Chine, empire où la fonction productive et militaire étaient traditionnellement les plus dissociés. Cependant, l’Europe occidentale conquiert l’Amérique puis lors de la colonisation détruit les empires classiques ainsi qu’un certain nombre de civilisations non impériales et en marge. Dans cette conquête, les états nations européens retrouvent des réflexes d’Empire avec la création d’asabiyas spécifiques (les armées coloniales distinguées souvent des armées nationales plus classiques), le petit nombre des conquérants par rapport aux conquis et la différence radicale de statut entre conquérants et conquis renforcée dans ce cas par la non acculturation des conquérants. Une telle situation est fondamentalement instable et après le suicide politique de l’Europe occidentale par deux guerres mondiales, les pays colonisés se libèrent en appliquant la recette de l’état nation contre les empires européens. D’autres éléments peuvent-ils prouver cette thèse ? Oui, le seul pays non occidental qui avant la décolonisation a suivi les traces des pays d’Europe occidentale est ,si on met la Russie à part  le Japon qui partage les caractéristiques très proches (marge d’un empire chinois dont il a tiré sa culture mais qu’il n’a pas réussi à conquérir, société avec un émiettement du pouvoir et une unification mais sans marges tribales dont une asabiya pourrait surgir , les ainous étant liquidés assez vite. D’autres cultures nombreuses n’ont pas fonctionné sur le modèle impérial en Océanie ou dans l’Asie du sud est par exemple mais elles étaient probablement trop en marge des empires pour bénéficier de leurs avancées au contraire de l’Europe occidentale et du Japon.


Enfin, quelles pourraient être les nouvelles perspectives ? Des puissances quasi impériales ont dominé l’ordre mondial depuis la fin de la seconde guerre mondiale comme la Russie et les USA. De plus, la fonction militaire est de moins en moins une affaire de gros bataillons et à nouveau de plus en plus une affaire de technicité (avions, chars, drones). Enfin, les puissances dominantes occidentales supportent de moins en moins les pertes militaires dans leur camp alors que leurs sociétés deviennent très pacifiées dans leurs fondements (qui parmi les lecteurs de ce blog sait manier une arme à feu ?) . Un tel phénomène se répand dans la plupart des sociétés mondiales où la compétence militaire devient plus rare. A l’inverse des phénomènes d’asabiyas renaissent : on peut penser à deux exemples ( les cartels au Mexique qui sont des groupes armés soudés et entraînés et qui ont fait du Mexique une des zones les plus dangereuses du monde et la guerre en Syrie où les différents camps certes cherchent à aligner des gros bataillons mais s’appuient essentiellement sur une asabiya peu nombreuse et soudée qu’il s’agisse du PKK qui encadre les YPG , du Hezbollah pilier des forces pro Assad ou de l’OEI dont le cœur était composé de djihadistes irakiens , tchétchènes et afghans). En face, les grandes puissances technologisent de plus en plus la guerre. Vers un retour des empires ? Quid de la démocratie ? 

lundi 16 octobre 2017

La Corée du Nord a bâti pas à pas un programme nucléaire malgré son fort isolement économique (d’ailleurs en partie voulue idéologiquement par le régime). Ce pays semble avoir acquis des capacités nucléaires (même si un léger doute demeure) et a clairement des capacités balistiques d’envergure. Les sanctions économiques n’ont pas fonctionné et les options présentes sont mauvaises : frapper la Corée du Nord (autant dire une guerre potentiellement nucléaire et des dizaines de millions de morts), renforcer les sanctions (et prendre le risque de revenir au premier scénario) ou ne rien faire et adresser un signal désastreux en terme de lutte contre la prolifération nucléaire. Pour répondre à l’argument que le fait que l’arme nucléaire soit réservée à quelques pays riches et souvent occidentaux, je répondrais que je ne suis pas un opposant de principe à l’arme nucléaire (je considère qu’elle a  joué un rôle dans le fait que la guerre « froide » ne devienne pas « chaude »). Mais plus, un nombre important de pays la possèdent, plus se multiplient les chances qu’elle soit utilisée lors d’un conflit ce qui banaliserait son emploi en brisant le tabou qui l’entoure actuellement (les deux seules utilisations ayant été faites dans un contexte très spécifique et à l’issue de la seconde guerre mondiale). Cependant, la volonté de la Corée du Nord de l’avoir est logique : cela permettrait au régime à la fois d’effectuer un chantage économique pour survivre et de se préserver d’une intervention extérieure (si Saddam Hussein ou Kadhafi avaient eu l’arme nucléaire on peut parier qu’il n’y aurait pas eu de guerre d’Irak ou de Libye et si l’Ukraine avait gardé les armes nucléaires de l’URSS, le drapeau ukrainien flotterait toujours en Crimée).

Ce qui se passe en Birmanie est fort différent. Voilà un arrière fond historique sur la situation des rohingya dans l’état rakhine : http://geopolis.francetvinfo.fr/birmanie-pourquoi-tant-de-haine-vis-a-vis-des-rohingyas-131223 … ou encore … . En 2016 la situation s'est aggravée pour les Rohingya et pas mal ont dû fuir en Inde et au Bangladesh (après déja des attaques contre les rohingya en 2012). En là un mouvement rohingya a déclenché une attaque sur les postes frontières birmans ce qui a entraîné une nouvelle vague d'exactions faites par l'armée birmane contre les rohingyas. Or en même temps, le Bangladesh et l'Inde expulsent les rohingya qui fuient vers le Bangladesh. In fine le Bangladesh a décidé d’accueillir les rohingya fuyant ce qui a probablement évité un génocide mais une épuration ethnique a u lieu (la moitié des rohingya au moins ont dû fur au Bangladesh). Les techniques employées étaient clairement celles d’une épuration ethnique destinées à faire fuir la population (alors que le génocide a pour but de tuer la population). Il y a donc eu des meurtres horribles avec torture destinés à servir d’ « exemples », des viols de masse, la destruction des habitations, et la pose de mines à la frontière pour empêcher le retour.

Enfin, en Tchétchénie, un certain nombre d’homosexuels ont été arrêtés, torturés et parfois tués. Cela a été réalisé par Kadyrov dans le but à la fois de se présenter comme un « champion de l’islam mondial » ce qu’il a déjà fait en organisant une méga manifestation contre les caricatures de Charlie Hebdo après l’assassinat des dessinateurs de Charlie hebdo ou en organisant un congrès regroupant des leaders musulmans et déclarant le salafisme non musulman. https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Actualite/Monde/La-Conference-Grozny-competition-pour-lorthodoxie-islamique-2016-11-04-1200800818 … … Mais cela lui sert aussi à éliminer des opposants politiques et s’insère dans le discours de poutine sur l’ « occident décadent ».

Le point commun de ces situations est le suivant : dans les trois cas il y a eu des protestations massives soit d’états : dans le cas de la Corée du Nord celle-ci a été plusieurs fois condamnée par les pays constituant l’ONU , dans le cas de la Birmanie avec une émotion internationale et certains états suspendant leur coopération avec la Birmanie, dans le cas de la Tchétchénie avec une émotion de l’ « opinion mondiale » da les pays occidentaux et des appels de dirigeants à Poutine pour qu’il fasse cesser les violences contre les homosexuels en Tchétchénie (Merkel). La question que nous pouvons nous poser est pourquoi ?

Je pense que la stratégie consistant à « name and shaming » en relations internationales est très liée à la campagne de boycott contre l’Afrique du Sud ce qui est résumé là https://en.wikipedia.org/wiki/Anti-Apartheid_Movement#Expansion_and_renaming … . Le postulat de telles campagnes est le suivant : si un pays se fait boycotter économiquement, académiquement , sportivement et se fait mal voir à l’échelle mondiale , cela entraînera une pression qui poussera ce pays à modifier sa politique sur les points concernés (ce qui est aussi la logique de la campagne pro palestinienne BDS dans le conflit israélo palestinien). Sauf qu’une telle stratégie repose sur deux postulats :un boycott économique aura des effets concrets sur l’économie du pays concerné et surtout le pays concerné a une « proximité culturelle «  avec les pays le boycottant.
Je m’explique : mettons que vous êtes tchétchène et que vous considérez que l’homosexualité est un complot occidental dont votre président veut vous protéger pour rester musulman (hé bien le fait de savoir que du coup les pays d’Europe occidentale ne vous aiment pas confortera ce discours). Prenons le cas de la Birmanie : le fait de savoir que les pays à majorité musulmane et les pays occidentaux n’aiment pas le fait que l’armée birmane et les vigilants rakhines se livrent à une épuration ethnique des rohingyas risque surtout d’accrôitre l’iéde que les rohingya sont une « çinquièe colonne musulmane » d’autant que les groupes bouddhistes fondamentalistes pourraient facilement répondre que les pays occidentaux se sont beaucoup moins mobilisés pour les jummas persécutés au bangladesh et en grande partie bouddhistes https://en.wikipedia.org/wiki/Chittagong_Hill_Tracts_conflict …  (sans parler des pays musulmans) ou que du coup les ONG n’aident pas la population pauvre bouddhiste ). D’ailleurs surprise, c’est ce qu’ils font. Dans le cas de l’Afrique du Sud , une telle pratique du « name and shaming » pouvait marcher car les sud-africains blancs se percevaient comme appartenant à l’ »occident blanc » . Du coup, être mis au ban des pays qu’ils considéraient comme l’ »occident blanc » les affectait. Dans les cas cités ça ne marche pas. Quant aux sanctions économiques, elles sont effectives si vous êtes le principal partenaire économique du pays et que nul ne peut vous remplacer. Les occidentaux décident de boycotter la Birmanie ? Celle-ci accroîtra ces échanges avec la Chine http://www.thehindu.com/news/international/china-endorses-the-crackdown-on-rohingya-claims-myanmar/article19685281.ece … Idem pour les interventions militaires : en dehors même de tout jugement de valeur sur une intervention militaire à l’étranger dire pourquoi la France n’intervient pas en Tchétchénie ou en Birmanie alors qu’on le fait au Mali , en Centrafrique ou en Syrie ? n’a aucun sens. Dans les trois derniers cas, on a des pays en guerre civile, sans armée forte et où une partie des acteurs politico militaires sont favorables à une intervention plus ou moins forte. La Birmanie est un état avec une armée puissante et stable et est un allié de la Chine. Je ne parle même pas de la Tchétchénie.

Bref, ce texte ne propose pas de solution à la « crise de l’intervention ». Il explique juste qu’il serait temps de réexaminer la pratique de l’indignation vue comme un moyen concret d’agir en relations internationales, et de voir si on ne peut pas chercher d’autres alternatives. Ah et soyez cohérent : si vous vous réjouissez de la fin de la domination occidentale et du monde multipolaire , n’allez pas pleurnicher dans les jupes des pays occidentaux si des aspects de ce monde nouveau ne vous conviennent pas "

dimanche 16 avril 2017

Cette élection se déroule dans un contexte particulier.

Un président François Hollande extrêmement impopulaire qui ne se présente pas (cas unique dans l'histoire de la 5ème République si l'on excepte le cas très particulier du général De Gaulle). Le tout dans un quinquennat marqué par un virage à droite du PS devenu un parti ouvertement social libéral ce qui n'a pas manqué de le déchirer et de briser les restes de l'unité de la gauche (ce qui ne se voyait encore pas trop aux élections locales, élections locales qui marquaient la partition de la France entre une petit tiers d'électeurs FN , un gros quart d'électeurs de LR UDI Modem et un gros tiers de PS, EELV et FG , le PS représentant les deux tiers de ce bloc). Dans un quinquennat marqué par les plus lourdes attaques terroristes qu'aient jamais connues la France qui ont ouvertes une séquence très particulière et amenée probablement et malheureusement à se prolonger. Une présidentielle qui s'annonçait dès le début hors normes

Partons du bloc le plus stable, le Front national. Nous avons affaire à un parti d'extrême droite divisé en deux lignes : la première peu marquée sur le sociétal , assimilationniste d'une manière dure , xénophobe et opposée à toute immigration et ayant un aspect étatiste et un volet social en économie (même si le programme reste très ambigu ) est celle national populiste de Phillippot. La seconde libérale économiquement , très conservatrice sur le plan sociétal et identitaire c'est à dire considérant que les seuls français sont les blancs ou qu'en tout cas la majorité des français doivent l'être est incarnée par Marion Maréchal Le Pen. La culture du chef a permis de mettre en sourdine ces tensions mais elles s'aiguisent . Le FN a progressé de 18 , 5 à 30 pour cent des voix mais a peu progressé en électeurs . Certes , l'abstention est différentielle selon les élections mais si l'électorat FN était très mobilisé à chaque élection cela pourrait lui poser un problème pour les présidentielles du fait du manque de réserves de voix. Le FN souffre aussi du fait qu'il est le parti auquel les français sont le plus opposés et de son incapacité à trouver des alliés et se voit directement concurrencé par l'appel au peuple de Jean-Luc Mélenchon (ainsi que par la posture anti-système d'Emmanuel Macron ce qui s'est traduit par un lent déclin dans les sondages) . Pour le FN , le but est d'arriver au second tour et de faire au second tour entre 40 et 45 pour cent. Dans ce contexte, il pourrait se présenter comme le seul parti d'opposition et reconstruire un système bipolaire dont il serait l'un des deux partis garantie d'arriver au pouvoir à long terme (surtout si LR ne passe pas au premier tour et explose). Tout autre résultat ferait sortir les couteaux entre les deux ailes et freinerait la résistible ascension du FN.  http://www.slate.fr/story/139616/le-front-national-t-il-remporte-la-bataille-culturelle

LR , le principal parti de droite a décidé d'miter le PS en 2011 et a mis en place une primaire. Celle -ci a sorti l'ancien président de la République , Nicolas Sarkozy et le second tour entre Juppé et Fillon a vu le camp Juppé , paniqué , sortir que Fillon était un ultra libéral et un intégriste catholique. Cela est vrai concernant le libéralisme (pour le catholicisme Fillon s'appuie sur un catholicisme très conservateur mais non intégriste). La synthèse libérale conservatrice de François Fillon a exceptionnellement parlé à l'électorat profond de la droite mais s'est révélée désastreuse auprès d'un électorat plus centriste. Cela conjugué à une mise en exergue du caractère libéral des propositions de Fillon dans le domaine de la santé avait déja suffisamment affaibli sa candidature. Une série de scandales sur lequel je ne crois pas devoir revenir mettant en exergue une certaine propension à confondre deniers publics et personnels ainsi qu'un rapport à l'argent pour le moins différent des préoccupations des Français a fait plonger Fillon dans les sondages . Déjouant une tentative de putsch organisée par les barons de son parti grâce au soutien de l'électorat de droite et à la légitimité de la primaire http://www.slate.fr/story/139475/elites-droite-contre-droite-de-masse , il reste dans une position très fragile et n'est pas assuré d'être au second tour. Y arriverait t-il que sa victoire contre Macron ou Mélenchon n'est pas acquise .

Le PS a aussi fait une primaire suite à la renonciation d'Hollande qui a débouché sur la victoire de Hamon. Candidat d'une gauche assez libertaire, fédéraliste et multiculturaliste ainsi qu'écologiste et qu'anti productiviste , Hamon a logiquement trouvé un accord avec EELV. Cependant , l'entre deux tour a été marqué par le même phénomène que nous avons vu pour Fillon. La fracture au sein de son parti s'est élargie ensuite d'autant qu'Hamon à la différence de Fillon avait dès le départ des mauvais scores dans les sondages et ne pouvait donc pas faire miroiter postes et ministère pour tenir ses opposants (vu qu'il n'était pas au second tour). L'aile droite du PS et le gros des cadres sont donc partis chez Macron , les électeurs partant selon leurs inclinaisons chez Macron ou chez Mélenchon. Hamon lutte actuellement pour faire plus de 5 pour cent et sa campagne vient d'achever sauf coup de théâtre le PS .

Macron parlons en . Ex ministre libéral de François Hollande, il apparaît comme un candidat qui allie un très clair libéralisme économique, un relatif libéralisme sociétal et une profonde adhésion philosophique au libéralsime (dont témoigne sa conception de la France comme une nation startup ). Ceci est la seule constante de Macron qui sinon fait un programme mélangeant libéralisme économique , mesures attrape tout et fédéralisme européen. Il a aussi un certain talent pour dire à chacun ce qu'il veut entendre. Il a aspiré tous les électeurs et les cadres du centre droit et du centre gauche qui ne se reconnaissaient ni en Fillon ni en Hamon ainsi qu'un électorat voulant "du renouvellement mais sans voter pour les extrêmes".  Enfin, il tient grâce à une ambition extrême (les initiales de son mouvement sont celles de son nom) alors que son parti amalgame une tripotée de jeunes loups aux dents longues et des vieux chevaux de retour de la politique (Cohn-Bendit, Hue , Madelin et Lepage). Lisez cela pour mieux comprendre http://www.slate.fr/story/134492/macron-populisme-elites . Son but : être élu . Si Macron ne passe pas le premier tour , son mouvement pourra n'avoir été qu'un météore fugitif aussi.

Enfin, Mélenchon : Il a tracé peu à peu son sillon commençant par rallier bon gré mal gré la gauche radicale (PCF et Ensemble) à sa candidature. Il s'est appuyé sur son socle de 2012 et a articulé une offre nouvelle remplaçant le concept de gauche par celui de peuple (inspiré par la philosophe Chantal Mouffe). Il a donc dépassé Hamon , renversant à son profit l'argument du vote utile et a créé quelque chose qui n'était pas arrivé depuis les années 1970 ( une gauche vraiment à gauche mais ayant un discours non gauchiste sur les questions sécuritaires et internationales , une gauche qui a su également évoluer par rapport aux années 1970 en prenant en compte les débats sur l'immigration et l'intégration , l'écologie ou encore les évolutions autour de la nation de l'Europe ou de la mondialisation). Cette gauche peut arriver au second tour si le vote utile pour Mélenchon érode encore la base d'Hamon ou que cette gauche arrive à reconquérir une plus grande part de l'électorat ouvrier passé au FN. Des liens : http://www.slate.fr/story/143618/et-si-jean-luc-melenchon-etait-le-seul-pouvoir-battre-marine-le-pen et http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/04/11/31001-20170411ARTFIG00090-entretien-exclusif-avec-chantal-mouffe-la-philosophe-qui-inspire-melenchon.php

Passons aux autres candidats:

Nicolas Dupont Aignan qui incarnait la tradition gaulliste souverainiste s'est nettement droitisé allant jusqu'à parler d'invasion migratoire et débordant Marine Le Pen sur sa droite. Son programme est souverainiste, plus à droite que l'UMP sur les questions sociétales , beaucoup plus à droite sur l'immigration que l'UMP et un chouia plus social. Il est le seul autre candidat à pouvoir dépasser les 5 pour cent.

Asselineau connu pour ses cours de droit constitutionnel en meeting et ses militants hyper actifs sur Internet représente un courant souverainiste pur qui se structure petit à petit avec les élections et dont il sera intéressant de voir combien il pèse aux élections http://www.slate.fr/story/140330/asselineau-upr-enfants-maastricht

LO garde vivante la flamme d'un marxisme ouvriériste et orthodoxe sans nouer de lien avec d'autres organisations . Cela les cantonne à un score limité , leur assure grâce à des militants dévoués et nombreux de se présenter à toutes les élections avec un discours qui ne change jamais. Les moines copistes de LO attendent et continuent à militer en espérant le Grand Soir http://fightclubnpa.blogspot.fr/2012/05/la-bibliotheque-de-lutte-ouvriere.html

Le NPA était un courant trotskiste moins ouvriériste et plus mouvementiste que LO. C'est désormais une organisation intersectionnelle , engagée dans toutes les luttes , d'un gauchisme absolu et dont les clips font plus penser à un mouvement anarchiste bizarre qu''à un parti politique https://www.youtube.com/watch?v=rzO_QIv3BUc

Enfin , Jean Lassalle . Je ne connais pas son programme et le peu que j'en ai vu me donne moyennement envie de voter pour lui. Mais son parcours de vie est assez exceptionnel et il apporte une fraîcheur qui m'ont fait étrange. Je ne sais pas combien fera Lassalle mais rien que pour cela j'ai envie de lui dire merci de s'être présenté (et il peut gratter des électeurs démocrates chrétiens ou régionaliste).
à mardi pour mes prévisions , mon analyse des seconds tours possibles et mon vote ainsi que les raisons de mon vote


P;S : J'ai oublié Cheminade et je pense que c'est à l'image de sa campagne. Son discours m'a très peu marqué et je me suis surtout rappelé de son sourire étrange pendant tout le débat . Il avait parfois de bonnes idées dommage qu'il soit lié à Lyndon LaRouche.

P.PS : Mon pronostic est le suivant Marine Le Pen entre 22 et 24 pour cent , Mélenchon ou Fillon entre 20 et 22 pour cent.
Macron à 18 pour cent. Hamon à 6 pour cent , Dupont Aignan à 4 pour cent les autres entre un demi point et un point et demi.

Pour ma part , je voterais Mélenchon et je vous invite à voter pour lui. Pourquoi ? Car il s'agit du seul candidat de gauche qui propose une rupture avec le néolibéralisme permettant de traiter les urgences sociales et écologiques, qui peut gouverner et qui représente une gauche progressiste mais non gauchiste sur les question snon économiques et sociales.

jeudi 9 mars 2017

FUTU.RE
Ceci est le pitch de pas mal de films de sf et de romans de sf. Un homme est membre d’un groupe de police spécial d’un régime totalitaire.  ; Ça peut être les pompiers, les inquisiteurs, les immortels ou la garde de fer. Ils sont durs, métalliques, impersonnels, le bras armé du pouvoir. Ils ont tous les pouvoirs pour liquider les opposants. Le héros rencontre une jeune fille dissidente (parfois d’ailleurs pas dissidente active mais par sa seule présence). Il refuse de la tuer (ou parle avec elle alors qu’il ne devrait pas). Petit à petit ceci l’amène à remettre en question tout ce en quoi il croyait. On tente de l’éliminer mais il survit face à ses anciens frères d’armes. Finalement, il se révolte contre l’ordre totalitaire (qu’il le détruise ou non cela est une autre histoire).  Ça peut être plus ou moins bien exécuté (Fahrenheit 451 utilise merveilleusement bien cette trame). Le roman dont je voudrais vous parler remplit tous les aspects de cette trame.

Le thème : Faisons un petit détour par un roman somptueux nommé Jack Barron ou l’éternité. Ne parlons pas du fait que ce roman décrit merveilleusement bien le fonctionnement de l’écosystème médiatique pré Internet ou est extra lucide sur l’avenir de la gauche radicale américaine bien que très optimiste d’un point de vue électoral  (si vous le lisez n’oubliez pas qu’il a été écrit en 1969). Il est aussi très bien écrit dans un langage aux images tellement fortes et avec si peu de tabous qu’on pourrait penser qu’il a été écrit avec l’aide de substances illicites. Oh et il décrit merveilleusement bien des salauds gentils. Mais revenons à nos moutons immortels. En effet, le thème de base est que l’immortalité aurait été découverte et que le gouvernement démocrate la fait payer 50000 dollars cash.  Le tout avec critères gardant une marge d’opacité qui pourrait permettre au Président démocrate de gouverner à vie en récompensant par l’immortalité ses fidèles. En face, ceux pour qui on a plutôt de la sympathie la Coalition pour la Justice Sociale demandent un système d’hibernation public et gratuit. Bon je ne révèle pas la fin mais l’immortalité publique gratuite et garantie par un Etat-Providence c’est cool, non ?

C’est le thème de FUTU .RE. L’Utopie Européenne garantit l’immortalité à tous ses citoyens. Mais le petit problème est que la découverte de l’immortalité (au sens du non-vieillissement) a abouti à une surpopulation dramatique (d’ailleurs l’auteur exagère sur les chiffres avec ses 120 milliards d’habitants rien que pour l’Utopie Européenne mais on va dire que c’est pour frapper le lecteur). Au bord de la catastrophe écologique l’Utopie Européenne a adopté un principe simple : une mort pour une naissance. Le tout dans une société hédoniste, dont le modèle avoué est la Grèce antique et où les rares vieux sont essentiellement dans des réserves et quasiment pas d’enfants.  Mais l’UE est démocratique et humaniste, du coup on ne tue pas les gens on leur file juste une injection qui les vieillira à leur âge normal en 10 ans (d’où les réserves pour vieux). Les gens ont le droit de demander volontairement une injection s’ils ont un enfant et une seule des deux personnes du couple est concernée (deux pour des jumeaux).Une femme a le droit d’avorter avant 20 semaines y compris si le couple était contrevenant, ce qui annule la peine (bon encore faut-il qu’elle pense à invoquer l’article de loi). Les injections sont faites par une unité d’élite, les Immortels portant des masques d’Apollon cachant leurs visages. Ah et pour les enfants des contrevenants il y a une petite peine supplémentaire. Ils sont arrachés à leurs parents, mis dans des internats où ils sont déshumanisés par toutes les méthodes les plus raffinées pour former les nouveaux maillons (unités de 10) d’Immortels. Bienvenue dans le meilleur des mondes (alors que la Panam fait payer très cher l’immortalité, que la Russie la réserve aux dirigeants et que la Chine tue les enfants indésirés). Vous n’êtes pas contents ou contentes de vivre dans une utopie telle que peu de gens en rêveraient ? Bon ensuite, ça suit le pitch annoncé au début mais ça le fait bien. C’est prenant, c’est émouvant, ça aborde extrêmement bien des petites questions comme l’amour ou la spiritualité. Que dire d’autre ? Ah si: d’habitude le héros rencontre dans ce pitch des dissidents qui peuvent avoir des aspects désagréables mais qui sont globalement sympas. Là le héros fuit avec la jeune fille à Barcelone (où l’UE parque tous les immigrants qui ont tenté de rentrer dans son espace). Et c’est défini comme mieux car c’est humain (au sens de la définition actuelle que nous donnons à ce terme). Mais ne vous attendez pas à la Résistance plus au Liban des années 1980 démultiplié (avec notamment des conflits religieux entre derniers survivants d'un sous-continent indien ravagé par des guerres atomiques. 

Ah politiquement, le régime est fasciste (et je pèse mes mots en disant cela). Mais un fascisme écologiste, réaliste, à visage humain  avec des élections démocratique (bon combinées à un traitement tendu des opposants). Et surtout un fascisme dont l’idéal est la Grèce Antique et qui est prêt d’y arriver sans esclaves et sans guerres, soit le rêve de pas mal de monde. Et face à ce système (qui ne requiert pour fonctionner que des petites doses régulières de l’inhumanité la plus extrême), politiquement il y a peu. Ce qui se rapproche le plus d’une opposition est un fantôme spirituel, le président républicain de la Panam au nom de l’ultralibéralisme économique appliqué à l’immortalité et du conservatisme moral et un parti de la Vie dont le leader est quand même un beau salopard. L’opposition finale est le fantôme spirituel qui est peut-être plus présent que ce qu’on croyait.

Enfin, une dernière chose : les passages à l’Internat sont très durs mais très bien faits et on pourrait à eux seuls en faire un livre. Ils sont émouvants, durs et étouffants. On pourrait vraiment en faire un livre intitulé Comment on tue un enfant

jeudi 12 janvier 2017

Petite parenthèse journalistique avec quelques notes sur le vif sur le débat de la primaire du PS.  

Le Petite débat de la primaire du PS : impressions.

Présentations : Montebourg est le plus tranchant avec Valls chacun définissant des visions (assez différentes d’ailleurs). Les autres débitent des discours pré-préparés sans conviction. Une mention spéciale à Sylvia Pinel qui a comme seuls arguments le fait qu’elle est une femme, de petit village et économiquement de droite libérale et à Vincent Peillon qui fait un discours halluciné où il se voit comme le nouvel Henri 4.

Critique du bilan d’Hollande mais souvent vu comme liée à un contraste ou à une mauvaise explication. Valls et Pinel défendent le bilan de Hollande. Valls en profite pour rappeler sa lutte anti-terroriste.

Montebourg propose grosse relance économique avec aspect écologique. Injecter 17 milliards pour l’investissement. Idée de multiplicateur keynésien. Valls assume le CICE pour « la compétitivité des entreprises », problème majeur face à l’Allemagne. Pr lui, les bénéfices vont arriver. Il propose de mener une politique économique encore plus à droite en baissant l’impôt sur les sociétés. Pr Hamon CICE erreur, échec. Propose une réduction du temps du travail ou une organisation nouvelle du travail. Il vise très clairement une cible écologiste en expliquant que la croissance ne reviendra pas. Pinel explique que l’impôt sur les sociétés doit être de 20 pour cent avec un élargissement de l’assiette pour les paradis fiscaux (ça sent le vœu pieux). Sa politique est encore plus pro entreprise que celle de Manuel Valls.  Peillon propose des contreparties pour le CICE et il a un ton professoral insupportable. Mais bonne critique du revenu universel. Hamon explique que le revenu de base universel est réalisable. Valls propose de fusionner pas mal d’aides sociales pour un « revenu décent »universel en parlant de disparition des emplois.

Pr Montebourg, hausse des prélèvements fiscaux récents tue pouvoir d’achat. Il demande une CSG progressive. Peillon demande un bouclier fiscal pour les plus pauvres. Il propose de fondre IR et CSG. Il déploie un catalogue. Valls propose de défiscaliser les heures supplémentaires.  Jean-Luc Benhamias s’énerve car on ne parle pas assez de lui et qu’il accumule du retard de temps de parole. Sylvia Pinel refuse de revaloriser le SMIC et continue à parler de favoriser les entreprises. Du mal à assumer d’augmenter les impôts sauf pour les entreprises ou les banques. Pr Montebourg utiliser l’argent de formation professionnelle et taxer les banques. Il critique les 3 pour cent. Jean Luc Benhamias propose de supprimer le numerus clausus et de créer des dispensaires. Il cherche vraiment de se démarquer.  Peillon explique que battre Fillon est prioritaire en programme économique et que « les robots sont délocalisables »  Il passe son temps à faire des cours. Il explique que les français sont attachés à la Sécurité Sociale comme à la laïcité (qui selon lui a préparé la Shoah). Valls défend la loi Travail avec des arguments très fables (« les syndicats réformistes sont pour »). Hamon détruit la loi travail comme Montebourg. Hamon veut faire reconnaitre les maladies psychiques. Montebourg revient bien sur la hiérarchie des normes.  Sylvia Pinel parle des relations de confiance dans l’entreprise et dit la même chose que Valls mais en critiquant la « conception datée de la lutte des classes ».

Tous admettent le fait de faire des assassinats ciblés et dénoncent le fait de l’avoir dit. Hamon défend la loi Renseignement et critique de manière assez mesurée l’état d’urgence. Valls rappelle qu’il va rassembler toutes les forces politiques contre le terrorisme. Il explique que les USA auraient dû  soutenir une intervention contre Bachar Al Assad et que l‘état d’urgence sera prolongé aussi longtemps que nécessaire (à perpétuité il semble). Jean-Luc Benhamias se frite avec les journalistes François de Rugy pleure car les parlementaires ont subi une campagne contre eux alors qu’ils votaient  la Loi Renseignement. Ce degré d’arrogance me sidère. Montebourg dit comme De Rugy que la France est restée soudée mais propose une mesure concrète pour : service national. Il propose aussi un parquet antiterroriste et supprimer l’état d’urgence. Sylvia Pinel propose des « centres de radicalisation de prévention » et a un niveau qui me frappe de langue de bois.  Vincent Peillon propose d’expulser les imans étrangers prêchant le djihad (proposition existant déjà). Peillon parle d’abord d’enfants juifs tués à la kalachnikov ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps avant de parler d’ »excès ». Il arrive admirablement à se contredire. Valls défend la déchéance de nationalité et cherche à se positionner comme futur Président. Hamon lâche un "Je suis Charlie" pour critiquer la déchéance de nationalité.  François De Rugy lâche que nos valeurs sont menacées et qu’il ne faut rien lâcher sur laïcité et sur la mixité. Il propose aussi une alliance militaire avec l’Allemagne et la Pologne contre la Russie. Benhamias lui propose une UE commune et une négociation avec la Russie. Il parle aussi d’islamo-fascisme. Je note que les candidats ex EELV se lâchent sur la lutte contre l’islamisme (ça m’étonne pas en vrai). Montebourg propose de revenir sur Schengen car la menace est à l’extérieur. Montebourg parle de rassembler la gauche et dit aimer beaucoup Macron. Benhamias joue à fond un rôle d’ »idiot du village ». Rugy explique aussi qu’il voit Mélenchon comme un ennemi. Hamon cherche à discuter pr une candidature de gauche. Peillon fait générateur de phrases de la 3ème République plus vieux prof ennuyeux. Benhamias est humainement un peu fou mais très sympathique.

Hamon veut une gauche rassemblée et assumée contre la droite et l'extrême droite. Pour Benhamias , il n'y a pas de petit candidat et il propose une grande alliance s'inspirant du CNR. Montebourg assume son aspect solitaire. Valls semble goûter le pouvoir. Peillon finit sur un cours de philosophie politique étrange. Pinel assume un discours bien à droite sur l'économie jusqu'au bout. De Rugy tente de réexister en parlant de "votre liberté de choix". 


lundi 5 décembre 2016

Sur les élections américaines.

Petite réactions et analyse à chaud des élections américaines

Je prévoyais initialement de faire ce papier avant les élections américaines. J’avais prévu l’Ohio et l’Iowa pour Trump , la Floride , le Nevada pour Clinton et je ne savais pas pour qui voterait la Caroline du Nord. Je pensais que Trump ferait un bon score dans les états traditionnellement démocrates blancs et ouvriers mais je ne penserais pas qu’il les gagnerait. J’avais prévu du coup une victoire de Clinton et un score élevé de Trump qui aurait sonné comme un avertissement pour la gauche (ou pour les libéraux ce qui est différent).

Il se trouve que j’avais sous-estimé l’ampleur de la vague Donald Trump auprès des classes ouvrières blanches et que Clinton a fait moins bien qu’Obama auprès des minorités ethniques. Il se trouve que Trump a gagné non seulement la Floride et la Caroline du Nord mais aussi le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie qui n’avaient pas voté républicain depuis 1988 et faisaient partie du blue wall. Il se trouve que Trump a gagné.

Pour comprendre à quel point ce résultat est frappant, un peu d’histoire :
Le Parti républicain a été fondé pour l’abolition de l’esclavage et a donc été dans le Nord abolitionniste des Etats Unis. Après la guerre de Sécession remportée par les unionistes abolitionnistes, il est devenu le parti dominant de la vie politique américaine mais s’est vite scindé sur des questions économiques et est devenu un parti très libéral en matière économique. Il a donc dû faire face à un mouvement qualifié de « populiste » très antilibéral en matière économique et basé parmi les fermiers pauvres et protestants du Midwest, à un mouvement socialiste et au parti démocrate qui tout en retrouvant sa prééminence dans le Sud par le biais de la ségrégation (rôles des lois Jim Crow et du Ku Klux Klan) a conquis un électorat très différent composé d’immigrés juifs, italiens ou irlandais appartenant à la classe ouvrière et non WASP (white, anglo-saxon, protestants) résidant à New York et dans les états de la Rust Belt

Les années 20 ont validé l’élimination du mouvement populiste déjà affaibli par l’évolution plus progressiste qu’avait prise le parti républicain sous l’influence de Théodore Roosevelt dans les années 1900 et les tensions agitant un parti démocrate fracturé entre une aile gauche liée aux syndicats dominante une partie du Nor (une autre partie votant toujours républicain) et une aile droite dans le Sud ségrégationniste et liée au Ku Klux Klan (qui de plus a rajouté à ce moment-là à son racisme contre les noirs , l’hostilité vis-à-vis des juifs et des catholiques).

Cependant, la crise économiques majeure des années 1930 est une catastrophe pour le parti républicain au pouvoir et lié au Big Buisness. Le candidat du parti démocrate Franklin D Roosevelt triomphe en mettant en place une politique de forte intervention de l’Etat dans l’économie et de redistribution avec une coalition comprenant les deux ailes du parti démocrate (ce qui nécessitait de ne pas toucher à la ségrégation) et les fermiers du Middle West ruinés par la crise économique. Le New Deal introduit un changement majeur dans la vie politique américaine et fixe un cadre qui tiendra jusque dans les années 1960 (avec une inflexion anticommuniste liée à la guerre froide).
Les années 60 justement sont marquées par plusieurs phénomènes : tout d’abord le mouvement des droits civiques initié par les afro américains prend de l’ampleur et le parti démocrate s’y montre progressivement plus sensible que le parti républicain sous l’influence de son aile gauche (et des migrations des afro-américains dans les grandes villes du Nord comme Detroit , Chicago et New York qui font qu’ils deviennent un électorat important pour le parti républicain). En 1964, Johnson met fin à la ségrégation. Cependant, ceci provoque une rupture du parti démocrate avec les démocrates ségrégationnistes du Sud qui soutiennent des candidats indépendants (Wallace notamment) et ne sont absolument plus lié au parti démocrate. De plus , les années 1960 sont caractérisées par l’émergence d’une nouvelle gauche liée à la contre-culture et de nouveaux enjeux politiques ( féminisme , droits des LGBT) dont les militants trouvent un écho grandissant au parti démocrate le tirant vers la gauche et rendant par contraste le parti républicain plus conservateur. Les années 1970 sont donc une période de recomposition politique interne accentuée par des remous strictement politicien (Watergate). En 1976, Carter gagne encore les états du Sud (dont il était originaire).

 Mais en 1980, le parti républicain se réorganise avec Reagan et avec l’apparition d’une droite religieuse protestante évangélique mobilisée contre l’enseignement de Darwin, l’avortement et le mariage gay et gagne tous les états du Sud (il gagner d’ailleurs presque tous les états). Reagan fait encore mieux en 1984 (où les démocrates ne gagnent qu’un Etat) et en 1988, les républicains gagnent encore. Ils gagnent grâce à la mobilisation de l’électorat protestant évangélique, à la conquête de l’électorat blanc du Sud et  au début de la conquête d’ex électeurs démocrates blancs de la classe ouvrière. Le revenu est toujours un facteur dans le vote mais moins qu’avant et le parti républicain met en place une politique ultra libérale inspirée des tenants du néo libéralisme qui diminue drastiquement les impôts des plus fortunés (tout en augmentant le budget militaire) ce qui est financé par la dette américaine. Le parti démocrate regagne les élections grâce à Clinton mais en devenant très centriste et en oubliant en grande partie son discours de gauche au niveau économique tout en construisant une coalition entre les groupes opprimés pour des questions d’identité (noirs, femmes même si le vote féminin est moins marqué démocrate, LGBT, hispaniques).

Pour finir ce rapide survol probablement un peu rapide , en 2012 , la victoire d’Obama dessine un clivage entre un parti républicain contrôlant le Sud et le Midwest et majoritaire chez les hommes , les blancs et relativement chez les plus riches(et détenant la chambre des représentants ainsi que le Sénat)  et un parti démocrate tenant les états libéraux (au sens américain donc de gauche ) du Nord Est qui votaient républicains, les grandes villes , la Rust Belt ouvrière et la côte Ouest (ainsi que l’Illinois du fait de Chicago) avec un électorat composé plus des minorités ethniques (surtout  chez les afro américains avec un très fort vote démocrate)  , des femmes et des plus pauvres. Pour une analyse en chiffres la partie "voters demographics" de wikipédia est très bien faite https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_presidential_election,_2012#Voter_demographics °.


Voilà pour ce survol, à bientôt pour une analyse de comment le vote des pauvres sont déjà partiellement passé chez les républicains entre 1980 et 2016 avant de s’attaquer réellement à comment Trump a gagné. 


dimanche 19 juin 2016

Le cri de l’oiseau de pluie.
Le début des années 1980 au Pakistan. Le dictateur Mohammed Zia régente le pays d’une main de fer et encourage l’islamisme (avec le soutien des pétrodollars saoudiens et la complicité des USA et de l‘UE qui voient en lui un héros luttant contre le communisme). C’est l’histoire d’une petite bourgade probablement au Punjab (il y a encore des hindous au Sindh et ce n’est ni en pays pachtoune ni au Baloutchistan). La mousson arrive et la tension monte au village où les habitants sont divisés entre deux mosquées. L’un des deux imams Maulana Dawood, nous ne le verrons jamais. Il est le plus rigoriste apparemment et agit comme un croque-mitaine pour l’autre imam Maulana Haffez auquel il prend des fidèles.
La tension monte et le juge Anwar est assassiné en pleine nuit. Ce juge était un fervent complice du pouvoir et son assassinat plonge les notables dans la peur, notamment le tout puissant propriétaire terrien Mujeeb Ali. Ceux –ci veulent accentuer l’enquête et proposent même de barricader la ville. La découverte d’un sac postal égaré il y a 19 ans achève de mettre les tensions à vif. Il y a 19 ans, un candidat de ce qui est actuellement l’opposition s’était fait tirer dessus dans des circonstances jamais élucidées. Le scénario pourrait être en place pour un roman de vengeance et de révolte sociale. Zorro, Jean Valjean, Memed le mince ou tant d’autres pourraient être le modèle du héros qui aiderait  les habitants défavorisés à s’unir contre les notables corrompus. Hasta la siempre heval et viva la révolucion .
Mais ce roman n’est pas un tel roman. Certains personnages (l’ex candidat de l’opposition, un journaliste ou le facteur) pourraient en rêver Mais ils représentaient une tendance au sein de l’opposition, celle du communisme, qui est très affaiblie. L’ex candidat Yusuf Rao se contente d’observer désespéré l’évolution de la situation. Le facteur est dans une logique de vengeance personnelle et désespérément cynique. Le journaliste continue la lutte mais comme chante Léo Ferré pour que dalle et pour quoi ?
René Girard parlait du bouc émissaire. Pour le village ça va être un couple. Ils sont jeunes et s’aiment. Il s’appelle Azhar et elle Elizabeth. C’aurait pu être une histoire ou dans le Punjab il y a 100 ans, celle d’une princesse amoureuse d’un berger. Sauf que les princesses et les bergers vont rarement ensemble. Plus les princes et les bergères et c’est le cas dans le cadre spatio-temporel du Punjab en 1980, ces prénoms traduisent l’histoire plus classique d’un prince amoureux d’une bergère (qui oh surprise se finit souvent mal pour la bergère) . Elle est chrétienne, donc intouchable (au sens indien du terme, les chrétiens du Punjab étant à la base des intouchables hindous convertis). Son père est éboueur, Azhar est commissaire de police. Leur amour est vu comme un objet de scandale car ils ne sont pas de la même religion. Elle devrait donc se convertir ce qu’elle ne veut pas faire pour « permettre à d’autres de dormir tranquille ». Peu est dit sur leur relation où il y a beaucoup de non-dits. Il cristallise sur lui les déceptions des autres notables inquiets de ce qu’ils voient comme la menace d’assassinat qui pèse sur eux et dont il ne les protège pas et la rancœur des plus pauvres contre ceux qui dirigent. Mais ce n’est pas sur lui que cela va tomber mais sur elle (oh surprise).  Seul un musulman , ahmadi instituteur, va voir l’engrenage se mettre en place (peut-être car il a été lui-même persécuté) et tenter de le stopper ,héroïquement , inutilement.
Et puis ça parle aussi des stigmates de la Partition qui a déchiré le Punjab en deux (les musulmans ayant été en grande partie été éliminés ou chassés du Punjab à majorité sikhe ou hindoue qui est revenu à l’Inde et les sikhs et les hindous ayant été éliminés ou chassés du Punjab à majorité musulmane qui est revenu au Pakistan). Elle est évoquée via des souvenirs marqués par cela et via un terrain vague qui était l’ancien temple hindou de la bourgade. Et ce roman est aussi un boucher qui parle avec un coiffeur d’une série télévisée anglaise ou encore une femme qui cherche à divorcer de son mari et est revenu du Canada pour ce faire. Et enfin, nous avons des enfants qui parlent de comment ils regardent le monde qui les entoure sans être situé, qui regardent la pièce de théâtre auxquels ils vont prendre part.
Enfin, cela parle d’un personnage que j’ai déjà évoqué. Je pourrais avoir tout pour le détester. Il est rigoriste, ultra-conservateur (au sens traditionaliste, pas au sens fondamentaliste). Il condamne véhémentement ceux qui ont un téléviseur et a fait pression contre un cinéma. Il est contre la liberté religieuse. Et pourtant aussi paradoxalement que ça puisse le paraître, j’ai aimé cet homme. Car c’est un homme bon . C’est un homme qui essaie toujours de faire ce qui est le plus humain dans de nombreux cas, un homme avec une empathie énorme. Oh et devrais-je vous le dire ? Il va être l’un des principaux responsables du drame qui va se jouer. Et je pense sincèrement qu’il ne le voulait pas mais qu’il n’a pas pu faire autrement. Une erreur d’une partie de la littérature ou de certains courants politique (dont je me sens proche) et que considérer que quand les gens ont une vision du monde avec laquelle ils sont en profond désaccord (et « haineuse »), ils sont haineux eux-mêmes. Je sais d’expérience personnelle que ce n’est pas vrai. Et de plus d’un point de vue purement littéraire, ce n’est pas intéressant. Bref, j’ai paradoxalement adoré ce personnage. Qui est-ce ? Je vous laisse le découvrir.
Enfin, ce roman pourrait sembler daté. Mais rien de tel. Ne serait-ce qu’à Pâques, un fondamentaliste anti-ahmadi a tué à Glasgow, un ahmadi qui avait souhaité de Joyeuses Pâques aux chrétiens et un attentat à Lahore a ciblé les chrétiens de cette ville au Pakistan. Personnellement j’ai découvert la situation des minorités religieuses au Pakistan par la littérature (puis par des rapports de l’OFPRA par exemple). La littérature permet-elle de découvrir la réalité ?. Dans ce cas je dois dire que oui. Cela étant ce livre vaut certes par son réalisme mais d’abord et avant tout pour la finesse de la psychologie de ses personnages et de son intrigue qui font de ce livre un livre à la fois très situé dans un contexte et très universel.
P ;S : Pour découvrir la vie de l’auteur c’est ici //www.theguardian.com/culture/2013/jan/26/nadeem-aslam-life-in-writing